Rédigé par Guy Dale, président du CTE, moniteur et formateur de niveau 4 de l’AMSC et membre de l’équipe Interski 2027
Alors que les saisons changent et que les premiers froids gagnent dans les montagnes, je me surprends à réfléchir à une vie façonnée par le ski. Il n’est pas seulement question de l’acte de glisser sur la neige, mais du rythme, de la fluidité et des échanges qu’il suscite entre le corps, la montagne et l’esprit. Skier, c’est participer à quelque chose de plus grand que soi; c’est une danse avec la gravité, un dialogue avec la nature. Voici ma lettre d’amour à une vie façonnée par la neige.
J’ai eu la chance de faire de cet échange l’œuvre de ma vie. En tant que moniteur, examinateur et représentant à Interski, j’ai été témoin de l’évolution du ski, de ses débuts à son perfectionnement continu. Et pourtant, au fond, le ski reste magnifiquement simple : un virage, puis un autre. Comme Marc Aurèle l’a écrit à propos de la vie en soi : « L’art de vivre ressemble plus à la lutte qu’à la danse. » Pourtant, sur la neige, je trouve que c’est les deux à la fois. Il y a la lutte pour l’équilibre et le contrôle, mais aussi l’élégance de s’abandonner aux flancs de la montagne.
Enseigner le ski, c’est montrer aux gens comment se faire confiance dans cet équilibre entre l’effort et le relâchement, le contrôle et la fluidité. Il ne s’agit pas seulement de descendre une pente, mais d’affronter la peur, le doute et les limitations. J’ai vu des élèves trouver le courage dans un virage, la joie dans un vol plané et la liberté dans le silence vivifiant d’un matin d’hiver. Ces moments nous rappellent que le ski, comme la vie, est moins une question d’arrivée qu’un cheminement.

Les montagnes enseignent l’humilité. Elles exigent notre présence d’esprit, notre écoute et notre capacité d’adaptation. Les conditions d’enneigement évoluent, le temps change; rien ne reste longtemps inchangé. Dans ce flux constant, j’ai appris la patience et la gratitude. J’ai appris que la maîtrise n’est jamais définitive – il y a toujours une autre couche de subtilité, un autre raffinement du mouvement, une autre vérité à découvrir.
L’une de mes plus grandes joies est de transmettre le sentiment d’être en parfaite harmonie avec la montagne : la fluidité du transfert de pression, la sensation des skis qui glissent sur une piste tout juste damée ou se faufilent dans la poudreuse. Comme l’a dit Jim Bowden : « Ce n’est pas un combat, c’est une danse, et c’est toujours la montagne qui mène ». J’ai dansé ainsi des matins légers et frais, dans le silence de la neige fraîche, lorsque la gravité et le mouvement s’harmonisent et que le temps semble s’étirer.
J’éprouve de la reconnaissance pour les associations et les collectivités qui ont rendu ce parcours possible, en façonnant non seulement ma technique, mais aussi mon point de vue. Elles m’ont donné la possibilité de rendre la pareille, de guider d’autres personnes sur leur propre chemin, de partager non seulement des compétences, mais aussi une passion.
En fin de compte, le ski est plus qu’un sport. C’est un miroir. Il nous montre notre vraie nature lorsque nous sommes mis au défi, libérés, en mouvement. Il nous enseigne, avec calme et persévérance, que l’équilibre n’est jamais statique, mais que nous le créons plutôt à chaque virage.
À la neige, je dois tout. À l’enseignement, je donne tout ce que j’ai. Et à mes étudiant·es, passé·es, actuel·les et futur·es, je promets de toujours apporter passion, clarté et empathie. Dans chaque chute, chaque rire, chaque virage dans la poudreuse, nous vivons ensemble ce grand amour.
Ainsi, avec le retour de chaque saison, je recommence : humble, reconnaissant et prêt à continuer d’apprendre ce que m’enseignera la neige.
